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“Le manager de centre-ville dynamise le territoire”

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Encore méconnu il y a quelques années, le métier de manager de centre-ville est en pleine expansion. Robert Martin, Président du Club des Managers de Centres-Villes, revient avec nous sur les raisons de cette dynamique, et décrypte les enjeux pour dynamiser la vie commerciale des cœurs de ville.

manager de centre-villeDe plus en plus de villes recrutent un manager de centre-ville, comment l’expliquez-vous ?

Le métier de manager de centre-ville a aujourd’hui près de 20 ans, mais il est vrai que cela fait seulement quelques années qu’il est en vogue auprès des collectivités territoriales. Ce qui a changé par rapport à avant, c’est que les élus ont désormais pris conscience des difficultés auxquelles font face leur centre-ville. A partir de ce moment, ils ont commencé à chercher les outils qui étaient à leurs dispositions pour répondre à cette problématique, d’où un intérêt croissant pour notre métier. Et à présent, on assiste à un phénomène inverse, c’est-à-dire que des villes dont l’activité commerciale se porte bien se mettent à recruter un manager de centre-ville afin de prévenir l’arrivée de potentielles difficultés. Il s’agit là d’une excellente démarche car le manager de centre-ville pourra travailler beaucoup plus facilement, et surtout plus efficacement, s’il n’est pas pressé par une situation alarmante. C’est en quelque sorte le défi auquel est confronté la majorité des villes françaises : faire vivre leur centre-ville de telle sorte que les habitants aient du plaisir à y vivre, faire leurs achats, sortir avec leurs amis ou leur famille…

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La palette d’intervention du manager de centre-ville est donc assez large ?

Bien sûr, sa mission ne se limite pas seulement à trouver des repreneurs pour les locaux vacants. En fait, il joue le rôle d’interface entre la municipalité et les différents acteurs économiques (commerçants, services municipaux, fédérations professionnelles, promoteurs immobiliers, CCI …). Affaires générales, urbanisme, communication, voirie, propreté, vie économique, organisme de gestion du stationnement… il a vocation à intervenir sur un éventail assez large de sujets, afin de veiller à ce que les décisions prises respectent l’homogénéité du territoire. C’est à lui notamment de veiller à ce que l’offre commerciale soit assez diversifiée, avec un équilibre entre les divers types d’activités, mais aussi entre grandes enseignes, franchises et indépendants. Le manager du centre-ville doit également être force de proposition et savoir bien négocier. Aller convaincre des enseignes nationales de s’implanter en cœur de ville, négocier avec une banque pour qu’elle déménage ses locaux afin de dégager un espace commercial en centre-ville , installer des commerces en lieu et place de bureaux municipaux… autant de missions qui demandent une force de persuasion, mais aussi de travail conséquente. D’où la décision que nous avons prise au Club des Managers de Centre-Ville de créer prochainement une formation spécifique, ce qui permettra d’améliorer la qualité ainsi que la visibilité du poste.

Parmi vos multiples propositions pour redynamiser le commerce de centre-ville, vous faites d’un objectif majeur la lutte contre la « taille trop petite de nombreux commerces ». Cette intention ne risque-t-elle pas de pénaliser le commerce indépendant ?

Je comprends l’appréhension qu’il peut y avoir face à un tel positionnement, mais je vais vous expliquer notre raisonnement. Aujourd’hui, les charges inhérentes au statut du commerçant sont les mêmes qu’elle que soit la taille du magasin. Si bien que plus la superficie est réduite, plus le commerçant sera contraint de vendre des produits à forte valeur ajoutée pour dégager une marge. Je ne dis pas que ce modèle n’est pas viable, mais il ne peut pas forcément s’appliquer à tous les commerçants, ni aux différents types de clientèle. La tendance est aux magasins aérés, avec des larges vitrines, tout cela nécessite forcément des points de vente un peu plus grand. Le centre-ville a également besoin de locomotives, de grandes enseignes et de magasins franchisés qui sont à la recherche de vastes espaces de vente. C’est ici justement que peut intervenir le manager de centre-ville, en essayant par exemple de négocier avec les propriétaires pour parvenir à regrouper plusieurs cellules commerciales pour n’en faire qu’une seule. Mais en aucun cas cela signifie que les multimarques ne sont pas les bienvenus dans le centre-ville. Au contraire, ils sont indispensables car ils donnent une identité à la ville, lui permettent de se démarquer, et c’est justement ce que recherchent les consommateurs.

« La tendance est aujourd’hui aux magasins aérés, avec des larges vitrines, tout cela nécessite forcément des points de vente un peu plus grand »

Vous vous positionnez aussi pour une taxation des locaux vacants. Qu’elles en sont les raisons ?

C’est une mesure nécessaire pour inciter les propriétaires fonciers à libérer les locaux vides. Il faut savoir aujourd’hui que le système fiscal des sociétés civiles immobilières n’incite pas forcément à louer à tout prix, dans la mesure où ces entités peuvent défiscaliser la perte des loyers. Si bien que l’on se retrouve aujourd’hui dans des situations où certains propriétaires préfèrent laisser leur locaux inoccupés plutôt que de louer à un prix qu’ils jugent trop bas. Ce n’est pas une situation tenable pour le centre-ville, d’où la nécessité de taxer selon les situations, qui n’est ni plus ni moins qu’une incitation à louer. Les collectivités peuvent également agir sur d’autres leviers, en décidant par exemple que les seules les activités en lien avec le commerce peuvent s’installer en pied d’immeuble. Forcément ça fait baisser le prix des loyers, et par conséquent la vacance commerciale. C’est d’ailleurs ce qui a été décidé dernièrement dans la ville du Havre, avec de bons résultats à la clé.

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Plusieurs voix se sont  également fait entendre pour réclamer l’instauration d’un moratoire sur les constructions de zones commerciales périphériques. Comment vous positionnez-vous face à cette revendication ?

Je considère pour ma part qu’il s’agit d’un non sens. Ce n’est pas comme cela que l’on résoudra les difficultés des centres-villes. Je pense à l’inverse que c’est en étant force de propositions, et surtout d’actions, que l’on fera évoluer les choses. Il y aura toujours des projets commerciaux d’envergures portés par de grandes foncières. Aux élus locaux de prendre leur responsabilité et faire en sorte de ne pas accepter des projets qui remettraient en question l’équilibre du territoire. Je suis convaincu que nous pouvons aujourd’hui faire confiance aux élus sur ce point. Par ailleurs, on observe un véritable mouvement de retour vers le centre-ville, et la tendance ne s’inversera pas. Les premiers à l’avoir compris sont d’ailleurs les mêmes qui misaient autrefois sur la périphérie, c’est-à-dire les grandes surfaces alimentaires, qui sont de plus en plus nombreuses à ouvrir des magasins de proximité de moins de 400m2. C’est aussi elles qui ont su redynamiser le centre-ville. Enfin, il ne faut pas oublier que l’attractivité de nos villes ne dépend pas uniquement de l’offre commerciale. Nous avons besoin d’artisans, de professions libérales, de services publics dans nos cœurs de ville. Les classes moyennes aussi doivent revenir peupler le centre-ville, car ce sont elles qui sont les plus dynamiques, consomment localement, font vivre les associations… Et puis il y a tout ce qui en lien avec les activités culturelles, l’histoire de la ville, son architecture, son patrimoine, sa gastronomie… c’est en valorisant cet ensemble que l’on donne envie de venir en centre-ville.

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