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Black Friday, French Days, le commerce peut-il encore vivre sans promotion ?

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Plusieurs commerçants et e-commerçants français ont annoncé le lancement des French Days, une période de promotion qui se déroulera sur 5 jours, du 27 avril au 1er mai 2018. Une initiative symptomatique d’un modèle de commerce qui ne peut plus vivre sans promotion.

Après le succès du Black Friday, ou plutôt de la Black Week puisque l’événement s’étale en réalité sur quatre jours, plusieurs commerçants et e-commerçants français ont décidé de remettre le couvert avec le lancement prochain des French Days, du 27 avril au 1er mai 2018. Un événement sur 5 jours cette fois-ci, durant lesquelles les consommateurs français pourront bénéficier de produits à prix cassés allant de -20 à -60%. Porté au départ par six e-commerçants français, à savoir Cdiscount, Showroomprive, Rue du Commerce, la Fnac, Darty, Boulanger et La Redoute, d’autres enseignes ont d’ores et déjà rejoint le mouvement : Kiabi, Sarenza et Monoprix.

French Days-promotion

Les French Days, comment ça marche ?

Dans les faits, les commerçants qui participent au French Days accorderont librement des promotions sur les produits qu’ils souhaitent mettre en avant. A l’approche de l’été et de la coupe du monde qui se profile au mois de juin, plusieurs distributeurs ont ainsi annoncé que le mobilier de jardin et les téléviseurs seront concernés par ces promotions. Les articles de mode devraient également faire partie des produits qui seront promotionnés, surtout après la débâcle du mois de mars, en raison notamment d’une météo capricieuse. Le bilan trimestriel de la Fédération Procos fait ainsi état d’une baisse des ventes à hauteur de -7,7% pour le commerce de détail spécialisé de l’équipement de la personne. Plus globalement, c’est l’ensemble du commerce qui ne parvient pas à relever la tête en ce début d’année, avec une diminution globale du chiffre d’affaires estimé à -3,2% par Procos. « L’activité cumulée est négative à la fois en centre-ville (- 4,6% en moyenne) et en périphérie (- 2,4%). Ceux sont les moyennes surfaces de périphérie qui résistent le mieux avec – 1,9% », explique Procos dans son bilan.

Plus de commerce sans promotions ?

Dans un communiqué commun Boulanger, CDiscount, la Fnac, Darty, La Redoute, Rue du Commerce et Showroomprivé se sont félicités de la tenue de cet événement. « Avec “Les French Days”, le Black Friday à la Française, les grandes enseignes d’e-commerce souhaitent ainsi offrir une expérience client inédite, qui réponde aux nouveaux modes de consommation des Français et les familiarise encore davantage au commerce digital », ont-il notamment expliqué. Un argumentaire peu convaincant, alors même que les épisodes de promotions, ventes privées et autres déstockages n’ont cessé de se multiplier ces dernières années. Les French Days tels que présentés aujourd’hui ressemblent à première vue à une version printanière de la Black Week, difficile de voir dans cette démarche « une expérience client inédite ». Derrière ce langage de communicants, c’est le modèle économique de la majorité des grandes enseignes et des leaders du e-commerce dont il est aujourd’hui question. « Ils ne savent plus vendre en dehors des promotions, explique Francis Palombi, Président de la Confédération des Commerçants de France. A force d’habituer le consommateur aux promotions constantes, ils se sont pris à leur propre piège et sont devenus totalement dépendants de celles-ci, même si cela revient parfois à sacrifier les marges. »

Lire aussi : Black Friday, qui sont les vrais gagnants ?

Un modèle économique diamétralement opposé à celui du commerce indépendant. « On n’a absolument pas les moyens de suivre les enseignes dans cette logique. Pour nous, vendre constamment en promotion, ça revient à faire une croix sur notre salaire, témoigne Bernadette Hirsch, gérante de plusieurs boutiques de mode dans la région bordelaise et membre du comité directeur de la Fédération Nationale de l’Habillement. Tout le monde s’est enthousiasmé du succès du Black Friday, mais ce que l’on oublie souvent de dire c’est que nous, les indépendants, on n’en a pas profité. Pire encore, les deux semaines qui ont précédé et qui ont suivi l’événement ont été une véritable catastrophe pour le chiffre d’affaires », s’insurge-t-elle. Dans son bilan du mois de décembre 2017, la fédération Procos attribuait justement la diminution des ventes en fin d’année au « Black Friday », « qui a probablement entraîné des anticipations d’achat sur novembre et défavorisé l’activité du mois de décembre ».

Promotions-commerce

Les promotions contre les centres-villes ?

A l’heure où l’on multiplie les annonces pour les centres-villes, ne serait-il pas enfin temps de s’attaquer sérieusement à cette problématique des promotions afin que les commerçants, qui font vivre économiquement et socialement nos cœurs de villes, puissent percevoir un revenu décent de leur activité. Le dernier rapport remis au gouvernement sur la revitalisation des centres-villes appelle à juste titre à renforcer l’équité fiscale entre le commerce physique et le commerce en ligne. En revanche pas une ligne n’aborde la problématique des promotions, à l’origine d’un manque d’équité commerciale cette fois-ci, subit principalement par les commerçants indépendants. Car si les grandes enseignes et Pures Players ne peuvent plus vivre sans promotions, les indépendants ne peuvent pas non plus exister dans l’univers commercial du « tout promotion ».

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2 Comments

  1. Le commerce peut-il encore vivre sans promotions? NON
    Et tant que les grands acteurs du commerce utiliserons ce levier pour augmenter leur CA ou bouffer son voisin, il en sera ainsi.
    Bernadette Hirsch le dit fort justement aussi, de telles actions « French Days » »Black Friday » ne font que déplacer du CA sur des périodes de « promotions » ce qui est une évidence tant que le pouvoir d’achat du consommateur n’est pas plus élevé.
    Là où je ne comprend plus, c’est la dernière partie de votre article intitulée « Les promotions contre les centre-villes? »
    Déjà ce sont 2 problèmes différents mais soit, ensuite vous revenez sur une revendication portée par Bernard Morvan de la FNH à vouloir demander une réglementation des promotions alors que
    – nous vivons dans une économie libérale, ce qui veut dire que vous pouvez appliquer un taux de marge libre. Or faire une action promotionnelle n’est autre que baisser sa marge. Je ne vois aucun gouvernement, de gauche ou de droite, se soucier de savoir que le commerce de détail indépendant n’a pas les moyens financiers pour baisser sa marge.
    – Nous commerçons en Europe, ce qui veut dire qu’une telle réglementation devra être européenne ou le consommateur fera ses achats à l’étranger.
    – Et que doit dire la réglementation?
    Quand dans mes commentaires je parle de faux combats, en voilà encore un exemple, dommage car l’analyse est bonne

  2. et je commence par me lasser ……

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